Retour d’expérience : L’autonomie, arme à double tranchant de l’auteur autoédité

Chaque auteur, chaque autrice, aborde son travail d’une manière qui lui est propre, avec les moyens à sa disposition, et dans les contraintes qui lui sont imposées.

Dans mon cas, j’estime faire partie de celles et ceux qui ont la chance de pouvoir quasiment tout faire, tel un couteau suisse, de l’idée de base du roman jusqu’à la conception du fichier final pour l’impression.

Durant ces six années de travail pour mon premier livre TNBS1, je n’ai que rarement eu à faire appel à une personne pour bâtir et parfaire mon projet, au point que je suis capable d’énumérer celles et ceux qui ont eu un impact significatif :

  • des techniciens dans l’informatique, pour comprendre Pollen, et les exports EPUB et LaTeX (une dizaine de questions au max),
  • les rares retours de lecture (genre deux).

Tout le reste, j’en ai pris la charge : l’écriture, les relectures, les corrections, le site web lightnovel.online, l’export EPUB pour Kindle et Kobo, l’export PDF via LaTeX, la création de la couverture et du logo, la prise de contact avec les imprimeurs, la mise en page du texte, la conversion dans les profils colorimétriques demandés, la préparation d’une campagne de financement participatif, les marquepages, et j’en passe.

Mis bout à bout, tout le travail non relatif à l’écriture représente plus de 430 heures de travail, répartis sur environ un an. Et encore, il s’agit là du temps que j’ai pu enregistrer sur mon outil de planification, que j’ai mis en place un an plus tôt. Mais il ne m’en faut pas plus pour cet article, et analysons donc cette année qui vient de s’écouler.

Le premier tranchant de la lame

430 heures, cela équivaut à 61,4 jours de 7 heures travaillées, environ 22% des jours ouvrés d’une année.

Il est ainsi aisé d’imaginer que mon autonomie me permet de préserver mon argent. Car payer des prestataires pour 430 heures, même au SMIC horaire, cela fait déjà plus de 5000 euros ! Ça commence à chiffrer pour moi qui ne gagne pas un rond 🥲 !

Évidemment, j’ai passé beaucoup de temps à me former aux différents aspects de l’édition. Des professionnels s’en seraient sortis pour bien moins de temps que cela… Ou peut-être pas ?

Par exemple, concernant la mise en page de TNBS1, au vu de la complexité de composition typographique, des blocs particuliers comme celui d’une pseudo interface de messagerie, de la longueur du texte (livre A5 de 403 pages au total), et du niveau de qualité que j’exige pour tous les formats envisagés, j’imagine facilement le millier d’euros à débourser au minimum pour qu’un professionnel s’en charge, ainsi que le temps monstre dédié à la relecture suite aux inévitables aller-retours et corrections.

Et qu’en sera-t-il des tomes suivants ? Très probablement, ce service me sera refacturé au même tarif, n’est-ce pas ?

Le temps que j’ai passé à maitriser mes outils sur ce premier tome est donc un investissement sur les productions futures. Il me permet de gagner du temps et de réaliser des économies.

C’est ainsi que j’ai pu produire rapidement les exports des éditions différentes de TNBS1, rien qu’en changeant quelques paramètres et éditer les graphismes moi-même. Parmi ces 430 heures, j’ai donc passé 8 heures à préparer la version grand public de TNBS1 (en couverture souple), à partir de la version spéciale (en couverture cartonnée).

Pour les tomes futurs, il ne me faudra guère que quelques dizaines d’heures au plus pour produire les exports de chaque édition. À ce niveau là, je n’ai quasiment plus rien à faire pour éditer un livre ! 🥳

Le second tranchant de la lame

Hélas, tout n’est pas rose non plus.

Reprenons nos statistiques précédentes : 430 heures, soit 61,4 jours de 7 heures travaillées, environ 22% des jours ouvrés d’une année.

Imaginez donc tout ce temps, où vous êtes concentré·e sur votre tache. Et ultimement, où vous n’interagissez avec personne. Il n’y a que vous, et votre PC ou votre smartphone.

Ajoutez à cela tout le temps consacré à l’écriture. À moins que vous n’arriviez à écrire tout en étant mobilisé·e sur une activité sociale, ce sont bien des centaines d’heures par an, années après années, où vous ne parlez à personne de réel.

Donc voici un conseil pour vous, en particulier si vous avez la capacité d’être très focalisé·e et très assidu·e dans votre activité d’écriture : ne négligez pas vos interactions sociales.

Deux réflexions qui vont dans ce sens :

  • d’une part, écrire un long roman, surtout quand vous débutez, vous demandera beaucoup de temps et d’énergie à consacrer à l’activité, au point que cela peut devenir envahissant sur tout votre temps libre. C’est tout autant de temps qui aurait pu servir à vous détendre, à se poser à un bar, à jouer à un jeu vidéo avec ses amis, à aller au restaurant. Vous risquez de rater de nombreux évènements, voire même de vous épuiser mentalement et partir en burnout
  • d’autre part, et plus pragmatiquement, sociabiliser, c’est se donner des occasions de parler de son travail, de communiquer l’avancée dans l’écriture du livre, et finalement de préparer le terrain à sa commercialisation (si c’est l’objectif, bien sûr). Si vous ne communiquez pas un minimum, personne ne saura que vous travaillez sur un projet d’écriture. Donc personne ne saura que vous écrivez un livre. Donc personne n’achètera votre livre à sa sortie. Face au constat d’échec, vous partirez peut-être en dépression, ou vous serez dégouté·e à tout jamais par l’écriture…

Même moi, je n’ai pas assez travaillé le côté social de mon activité d’auteur, ce qui explique en partie cette déconvenue sur ma première campagne de financement participatif.

À de nombreuses reprises, j’ai parlé de mon livre à des connaissances, et il s’était trouvé qu’ils venaient de découvrir que j’en écrivais un, alors que cela faisait des années que j’ai commencé à écrire. Oups.

Et 430 heures sur une année, ça fait plus d’une heure consacrée par jour. Imaginez que chaque soir, weekends compris, vous travailliez plus d’une heure en solo, à ne faire que des choses qui ne concernent en rien l’écriture en elle-même…

Si cette perspective vous effraie, reconsidérez donc la voie de l’autoédition en totale autonomie, et envisagez de déléguer certaines parties de la chaine d’édition du livre à un professionnel, moyennant finances…

Ou bien, n’écrivez pas de livre aussi complexe que TNBS1, et limitez-vous à l’export PDF de votre logiciel de traitement de texte. Ça marche aussi. 🤣

Sinon, vous devrez accepter le fait que votre projet puisse durer. C’est la voie que j’ai choisie, toutefois en instaurant la règle suivante :

Quand je prévois une activité pour moi, je me donne la chance pour une activité avec les autres. Et inversement.

C’est ainsi qu’un unique projet a occupé tant d’années de ma vie, une vie entrecoupée d’autoédition et d’activités sociales. Et je m’en sors plutôt bien, n’ayant eu ni burnout, ni dépression, ni dégout de l’écriture.

Conclusion

En conclusion, l’autonomie nous permet d’économiser de l’argent, et de gagner du temps sur des projets complexes (moins sur des projets simples), grâce à la maitrise des outils et des engrenages de la chaine d’édition du livre.

Mais cette autonomie, si elle est incontrôlée, peut engendrer :

  • Un isolement social, dû à la quantité de travail à abattre sur son temps libre parce que vous faites tout.
  • Un échec de la commercialisation du livre, dû à une communication lacunaire, et pouvant amener à une démoralisation au regard des efforts investis.

Pour résumer, mon conseil final est donc le suivant :

Soyez autonome si vous le souhaitez. Mais ne restez pas seul·e.

(PS: Je ne comptabilise pas non plus le temps passé à écrire des articles de blog. 😅)

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Commentaires

2 réponses à « Retour d’expérience : L’autonomie, arme à double tranchant de l’auteur autoédité »

  1. Avatar de Elsental

    C’est un retour que je trouve intéressant, d’autant que j’ai vu de loin certaines de tes péripéties (notamment l’échec de ta campagne).

    A revenir dessus si un jour je me lance dans ce genre d’aventure également !

    1. Avatar de NemuLumeN

      Merci ! Je pense que j’ai encore d’autres retours de ce genre qui peuvent servir. Je ferai signe comme d’habitude !

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