Retour d’expérience d’une campagne de financement participatif qui a échoué

Je vais vous conter l’histoire où j’ai tenté, un peu follement, et sans peur, une campagne de financement participatif sur Ulule.

Pour rappel, je ne suis pas un grand nom dans la littérature. Pour l’artiste sans audience que je suis, le crowdfunding n’était à l’époque qu’un lointain mirage, une idée vague.

Mais comme je n’avais rien à perdre, à part mon temps, j’ai quand même franchi le pas, après une succession d’invitations d’amis à tenter l’expérience…

Les motivations de la campagne

Pour structurer mon approche de la chose, il me fallait fixer des objectifs.

Choses que je ne voulais pas :

  • Investir de mon temps inutilement.
  • Dépenser dans des campagnes de publicité incertaines.

Choses que je souhaitais :

  • Attirer un nouveau public grâce à une plateforme connue.
  • Financer l’impression de 100 livres.
  • Financer la production de goodies.

Déroulement attendu

Cela résultait ainsi en la succession d’évènements suivante :

  1. Préparer la campagne.
  2. Lancer la campagne en faisant participer amis et familles.
  3. Attendre quelques contributions d’inconnus.
  4. Communiquer sur la progression vers l’objectif.
  5. Répéter 3 et 4.
  6. Récolter les pépètes.
  7. Lancer la production et expédier.

Statistiques de campagne

Mais avant de commencer à raconter ma vie, voici quelques chiffres pour situer la campagne :

  • Durée : 1 mois et 1 semaine.
  • Objectif : 1750 euros.
  • Financée à 75%. (= échec)
  • Temps consacré à la campagne : 63,88 heures. (J’ai forcément passé un peu plus de temps en vrai, car il s’agit là de temps que j’ai enregistré sur mon tableau personnel de tickets.)
DuréeAction
43,16 heuresRecherche de prestataires, au calcul des contreparties, et à la préparation de la page, préparation de goodies. Je n’ose imaginer le temps que ça prend pour les campagnes plus ambitieuses que la mienne !
6,96 heuresPréparation du marquepage recto verso.
13,76 heuresSuivi de la campagne : animation, nouvelles, réponse aux commentaires.
Décomposition du temps passé connu sur les différents sujets liés à la campagne.

Préparation de la campagne

Pour cette campagne, je ne voulais pas d’une campagne concernant uniquement le livre. Je ne voulais pas faire une page uniquement textuelle, pensant que ça attirerait moins l’œil. J’ai donc ajouté un marquepage, et un standee acrylique à l’effigie de Luzerne.

Je n’avais pas envisagé d’autres contreparties physiques, pour les raisons suivantes :

  • Écologiques : éviter la production d’objets jetables ou ayant un impact non négligeable sur l’environnement vs leur utilité,
  • Énergie à fournir : je voulais limiter mon investissement en temps dans la campagne, donc je me suis limité à ce que je pouvais faire rapidement et à ce que j’avais déjà sous la main. Il n’était pas question de faire des trucs en plus à tiroir (chapitres en plus, options en plus…), comme on pourrait le voir dans d’autres campagnes avec plus de moyens et de personnes derrière.
  • Sens : je ne voulais pas proposer des objets à faible relation avec le livre (par exemple, des mugs, des cartes postales), ou dont le sens ne peut être compris qu’en lisant le livre. Le standee est effectivement une exception, mais je l’ai fait pour les raisons évoquées plus loin dans cet article.

Parlons argent

Parce que c’est principalement de ça qu’il est question quand on se lance dans cette affaire !

J’ai commencé par faire les calculs pour établir le prix des différentes contreparties. Les choses à prendre en compte :

  • Le poids de chaque objet physique.
  • Le poids pour chaque pack d’objets.
  • La méthode d’expédition.
  • Les taxes et impositions.
  • La commission Ulule.
  • La rémunération personnelle.

Cela donne un tableur comme dans la galerie qui suit :

Concernant les contreparties, c’est simple, il suffit de faire des devis, et de faire des approximations quand on ne sait pas, en ajoutant un peu de marge de sécurité.

Pour les tarifs d’expédition, c’est plus compliqué. Il faut envisager les paramètres suivants :

  • la méthode : le transporteur, ou en mains propres,
  • l’emballage,
  • le poids,
  • la destination,

J’ai limité les possibilités à deux transporteurs : La Poste (Colissimo ou Lettre verte suivie) pour les livraisons à domicile, et Mondial Relay pour les livraisons en relai.

Avec mes calculs, j’ai ainsi pu proposer la chose suivante :

  • Les contreparties ont leur prix de base calibré pour une livraison en relai Mondial Relay. C’est en effet la combinaison la moins couteuse.
  • Si livraison en relai en Belgique ou Luxembourg, j’ajoute un euro au prix de base.
  • Si livraison à domicile en France, j’ajoute trois euros au prix de base.
  • Si à domicile en Belgique ou Luxembourg, j’ajoute quatorze euros au prix de base. (Oui, c’est très cher d’envoyer à domicile à l’étranger !)

Je n’ai pas proposé d’autres pays, car le livre étant en langue française, je ne me voyais pas trouver un public hors francophonie européenne. (Je n’ai pas proposé la Suisse, cela dit.)

Préparer ce tableur m’a pris facilement deux ou trois soirs pour m’assurer de ne pas être déficitaire en me lançant dans l’aventure.

Note sur le fonctionnement du système d’objectifs

Sur Ulule, vous avez deux modes de fonctionnement :

  • préventes,
  • montant à atteindre.

Dans mon cas, j’ai opté pour le système par montant à atteindre.

Dans ce mode, ce qu’il faut savoir, c’est que le montant de l’objectif de la campagne à atteindre n’est que peu lié au cout des contreparties fixé sur la plateforme.

En effet, dans ce mode, les visiteurs ne sont pas obligés d’obtenir une contrepartie ; ils peuvent faire un don sans contrepartie. Donc la corrélation entre le montant à atteindre et le prix fixé des contreparties ne peut avoir lieu.

L’objectif à atteindre sert surtout à vous constituer un stock des éléments que vous souhaitez vendre, que vous vendiez tout de suite via le système de contreparties, ou plus tard dans des salons ou en boutique.

Évidemment, cela n’empêche pas que, si vous proposez une contrepartie en physique, tout doit être calculé pour que sa vente (en réalité une prévente) vous apporte des bénéfices au regard de ce qui a été dépensé pour la produire, l’emballer, et l’expédier (ou au pire, vous êtes à l’équilibre…).

Ainsi, si la constitution d’un stock ne vous intéresse pas, autant opter pour le système par préventes. (Si j’ai bien compris leur système.)

Préparation des goodies

Marquepage

Le marquepage est assez peu couteux à concevoir et produire.

Je me débrouille plutôt bien sur Photoshop et Illustrator. J’ai pu faire la conception moi-même avec les éléments existants. Cela m’a pris un peu plus de six heures, en comptant la recherche de prestataires.

Parmi les contreparties physiques, c’est le produit sur lequel je fais le plus de marge. Et contrairement au standee, ça a le mérite d’être utile au quotidien, et ça permet de garder un contact diffus avec le·la lecteur·trice dans le futur, tant que le marquepage est utilisé.

C’est pour moi un incontournable des campagnes de financement de livres.

Standee

Pour celles et ceux qui ne savent pas, un standee est une plaque en acrylique d’environ 3 mm d’épaisseur qui tient debout, de quelques centimètres de hauteur à une vingtaine, et sur laquelle est imprimé un graphisme, très souvent un personnage. La plaque est découpée selon les contours du graphisme. C’est un peu comme une figurine, mais qui prend beaucoup moins de place !

Exemples de standees, avec banane pour l’échelle. À gauche, standee de Bocchi de Bocchi The Rock, et à droite, Gintoki de Gintama.

Mes remarques concernant cette contrepartie :

  • Le standee était risqué. Et c’était un risque que je voulais prendre !
  • Risqué, parce que ce produit ne parle qu’à celles et ceux qui ont déjà lu le livre. Donc cela exclut beaucoup de clients potentiels.
  • C’était donc une contrepartie à destination des amis qui me connaissent bien et qui veulent avoir un cadeau spécial en échange de faire monter la cagnotte plus rapidement. En effet, même si ça a fait que l’objectif de la campagne monte, la marge dégagée par cette contrepartie est supérieure à celle que je me fais avec le livre seul.
  • C’était trop surdimensionné niveau quantité à produire prévue. Effectivement, il aurait mieux valu restreindre la quantité disponible (à une dizaine au max) pour faire baisser l’objectif de campagne.

Création de la page Ulule

Il a fallu produire le texte et les images de la campagne. Voici quelques captures de la page que j’ai créée :

Une page classique sur Ulule, avec une image en bannière contenant le livre en 3D.
Un pitch en image dans le thème graphique, une liste sous forme de question-réponse rapide pour présenter le contenu.
Un aperçu des contreparties physiques.
La description des contreparties, et des extraits du livre.
Quelques arguments en plus. Une description de ma personne, au cas où ça peut intéresser.

Ça fait pas mal de contenu à créer, n’est-ce pas ?

Création des aperçus dans les images

Vous vous demandez peut-être comment j’ai pu insérer ces aperçus, alors que je n’ai encore rien fait imprimer ou produire. Accrochez-vous, voici mes astuces de pauvre !

Pour le livre, j’ai pris une photo de livre, dans les dimensions approximatives du mien, un A5 de plus de 300 pages. Puis dans Photoshop, j’ai retiré l’arrière-plan de la photo, puis calé la couverture créée à plat, sur les deux faces visibles, et enfin ajusté la colorimétrie pour faire paraitre plus naturel.

Cliquez pour voir une animation du processus de création
Comment faire un mockup de livre avec les moyens du bord. J’ai bien aimé l’animé et ce premier tome de « Didn’t I Say to Make My Abililties Average in the Next Life?! », soit dit en passant.

Pour les marquepages, ce sont juste deux faces, donc il n’y a rien de spécifique à raconter dessus.

Par contre pour le standee acrylique, il a fallu ruser !

Lancement de la campagne

La page est prête. Il est donc temps de lancer la campagne. On règle les derniers détails.

Niveau date, j’ai opté pour une campagne de 1 mois et 1 semaine. Je ne trouvais aucun intérêt à la faire plus longue, car ça voudrait dire investir du temps en plus sur la durée supplémentaire. Et si c’est trop court, je pourrais rater des ventes, en particulier en raison de la saison des ponts en fin mai.

Dernières vérifications, et puis c’est parti !

On appelle les potes. La famille. Une dizaine est au rendez-vous. Ça s’annonce bien, n’est-ce pas ?

C’est donc le moment de communiquer sur les réseaux sociaux, et attendre les premiers contributeurs.

Exemple d’illustration envoyée sur les réseaux sociaux. Le lien en bas à gauche redirige sur la page Ulule.

Attendre quelques contributions d’inconnus

« Pourquoi cette étape », me demandez-vous ?

Comme tout produit destiné à la vente, mon livre doit avoir la capacité d’attirer un public.

Il y a trois types de public, trois niveaux :

  1. Niveau 1 : le cercle en contact direct. Ex.: la famille, les amis, les collègues.
  2. Niveau 2 : contacts de contacts. Ex. : femmes et maris des amis, cousins éloignés, amis d’amis…
  3. Niveau 3 : les autres. Ex. : inconnus, croisés sur les réseaux sociaux.

Convertir les personnes en contact direct est le moins couteux en énergie. En effet, elles vous connaissent, vous font confiance, ou bien vous achèteront des choses par pure sympathie.

Concernant les contacts de deuxième niveau, leur conversion dépendra surtout des intermédiaires, et leur capacité à fédérer. On ne choisit pas sa famille ou ses amis, donc on n’y peut pas grand chose si rien ne se passe ici.

Puis les autres. Ce sont les plus difficiles à convertir, car ces personnes ne vous connaissent pas. Tout est à faire : présenter l’intérêt du produit, et se présenter en tant qu’auteur/autrice sérieux·se. C’est là que la quantité d’efforts à fournir est la plus importante, et pourtant, c’est dans ce groupe que se trouvent les personnes qui constitueront le vrai lectorat. (À moins d’avoir une très grande famille ou énormément d’amis…)

Avec toutes ces réflexions, je m’attendais donc à voir débouler quelques contributeurs du troisième niveau.

Sauf qu’ils ne sont jamais vraiment arrivés.

J’ai beau relancer doucement, contacter d’autres connaissances, la campagne ne décolle pas. Elle stagne. La page ne convainc pas suffisamment des personnes qui sont hors de mon cercle ; la plupart des contributeurs sont des connaissances de premier niveau.

Aparté au sujet de la communication

Des amis m’ont fait des retours à ce sujet. Voici ce que j’en ai pensé à ce sujet au fil de la campagne :

  • J’étais réticent à appliquer une stratégie de matraquage car ça démarrait plutôt mal. J’avais même préparé en amont un message de publication dans le cas où j’atteignais un certain seuil. Mais ce message n’a jamais quitté son statut de brouillon. 😅
  • J’ai interprété le mauvais démarrage comme un signe de non-intérêt de la proposition. Je n’aime vraiment pas déranger les gens pour des choses inintéressantes.
  • J’ai déposé des messages sur les réseaux sociaux (RS pour faire court ensuite) où j’ai un compte : Twitter, Mastodon, Bluesky, Instagram. Cependant, je suis absolument invisible sur ceux-ci, sauf un (Mastodon), qui m’a permis d’obtenir 1 vente (donc 1 vente de 3e niveau :partying_face: ) quand j’ai posté un message vers la fin. (Merci à toi si tu passes par ici !)
  • Je n’ai pas pris la peine de construire en amont des communautés sur autre chose que Mastodon. Ça prend déjà pas mal de temps perso sur 1 seul RS… Et j’ai cette horrible sensation de ne jamais apparaitre nulle part à cause des algorithmes de découverte des RS.
  • J’ai matraqué à fond mes collègues de boite lors d’un séminaire vers la fin. 🤣 J’en ai pris six ou sept un soir, et fait un pitch à chacun en face-à-face, suivi d’une incitation à l’achat. Effectivement, ça marche, et l’expérience était très intéressante (je n’étais plus du tout dans ma zone de confort !), mais ça reste des contacts de 1er niveau. Et avec le ressenti que j’ai eu, ils n’étaient pas spécialement emballés pour en parler à leur entourage.
  • Un matraquage de qualité renouvèle son contenu. J’avais expérimenté ça seulement une fois ou deux, en liant à des sujets différents. Sans conséquence positive, malheureusement. J’aurais pu faire mieux sur ce sujet.

Comme la page ne convainc pas un minimum, cela veut dire possiblement les choses suivantes :

  • Je n’ai pas assez de relais médiatiques : pas assez d’amis, amis et/ou famille pas intéressés ou pas fédérateurs, communauté dans les réseaux sociaux trop restreinte.
  • L’objet de la campagne n’intéresse pas : le livre n’intéressera pas le grand public, donc sa commercialisation sera un échec quoi qu’il arrive.
  • La page n’est pas vendeuse. Je pense avoir fait un travail décent, pourtant…

Ainsi, conformément à mes conditions de lancement de campagne, j’ai donc décidé d’investir moins de temps.

À part un sursaut en fin de campagne quand j’ai demandé à des collègues de bureau en les pitchant un à un (avec une horrible impression de harcèlement comme le ferait un commercial au téléphone), c’est ainsi que la campagne prit fin.

Après campagne

J’ai quand même décidé d’aller au bout de l’aventure du livre physique, sur mes fonds propres.

Je suis actuellement en train de préparer une édition spéciale en tirage limité à 50 exemplaires, et dans un premier temps réservé à la vente aux contributeurs et contributrices de la campagne. Le choix de l’imprimeur a bien avancé, et je devrais pouvoir lancer la production dans le mois, pour une mise en vente le mois suivant.

Concernant le marquepage et le standee, c’est en cours de production, mais dans des quantités moindres, afin de ne pas trop impacter mes finances personnelles.

Finalement, ça aura été amusant de faire cette campagne, quoique un peu inutile.

NemuLumeN
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