Tout le monde n’est pas un auteur prolifique, capable de pondre des pavés entiers jour après jour. Tout au long de l’écriture de TNBS, j’ai parfois arrêté d’écrire quelques jours, parfois un peu accéléré.

Par contre, jamais je n’ai eu à rester devant un document vide, à angoisser sur quoi écrire. Et ce pour plusieurs raisons, dont j’énonce ici celles qui me semblent pertinentes à partager :
- Je ne redoute pas de créer des sous-produits créatifs si ce n’est pas à ma convenance. Créer des sous-produits créatifs, c’est ce qu’on appelle communément jeter, ou recycler un bout de texte. Pour moi, rien n’est vraiment perdu. Tel un moule qui a servi à façonner le produit final, le sous-produit créatif fait partie du processus d’écriture, et il est normal d’en avoir, puis de le traiter à la fin soit en s’en débarrassant, soit en le recyclant dans un autre contexte (ni vu ni connu).
- Quand je ne sais pas quoi écrire, j’écris n’importe quoi. Cela permet de rester dans un mouvement de création. Les idées aléatoires peuvent déboucher sur des pistes nouvelles, qui peuvent même mener vers des histoires imprévues au départ. Pourquoi pas regarder une page au pif sur Wikipédia ? Ou parler de choses qui sont à portée de main ? Exemple : Je vois une pomme devant moi ? Je vais imaginer une scène qui parle d’un asticot qui vivrait sa vie à l’intérieur, la décrire avec précision, humour ou dérision, puis la juxtaposer un peu follement à une scène banale. Cela aura le mérite de faire voyager le lecteur dans un autre monde l’espace d’un instant. Et si c’est nul, tant pis, ça devient un sous-produit créatif.
- J’imagine la scène sous un angle différent. Que ce soit des yeux d’un autre personnage, ou bien en changeant le ton ou de mode d’expression. Par exemple, le chapitre « La Cité-forteresse aux Mille Fabriques » contient une assez longue description. Je voulais absolument cette description pour présenter un lieu. Mais voilà, les descriptions et moi, ça fait deux. Je ne savais pas quoi dire. Et donc, pour avancer, j’ai travaillé la scène sous la forme… d’un documentaire animalier. Félicie se racontait la scène comme si elle était le sujet principal du documentaire. J’ai été voir des documentaires pour reprendre les codes et les clichés. Le résultat était drôle, mais comme ça détonnait un peu trop du reste, je l’ai finalement retravaillé dans un mode un peu plus normal, en retirant les éléments de documentaire animalier (des sous-produits créatifs !). Et ça a donné ce qui est resté, dans un état quasiment intact depuis, car c’est une des plus belles descriptions que j’ai pu écrire jusqu’à présent !
- J’ai un répertoire d’idées et de concepts à inclure un jour dans l’histoire. Via mon logiciel de prise de notes rapides, j’ai ces fiches à ma disposition en cas de panne, que je remplis dès que l’idée arrive (chez moi, au boulot, dans les transports, sur le trône,
sousaprès la douche,au volant, etc.) :- histoire principale validée : ce sont des points clés que je dois absolument traiter à un moment donné ;
- idées générales d’histoire : idées en vrac d’aventures qui peuvent être placées un peu partout ;
- idées personnages : rassemble des éléments pour approfondir un personnage, comme des évènements passés qui l’ont marqué ;
- prochains chapitres : idées à inclure dans les prochains chapitres car j’en ai parlé précédemment ;
- arc narratif xyz : si besoin, je crée une note dédiée à une chronologie des évènements qui ne fait pas partie de l’histoire principale, mais qui explique des choses et peut donner un ensemble de chapitres, voire un spin-off au besoin ;
- citations : ma note préférée, elle rassemble toutes les citations cool que je veux tenter de placer, ce qui peut être un énorme défi qui débouche sur une scène mémorable.
L’état actuel de TNBS est le résultat de ces techniques pour lutter contre la leucosédilophobie. Peut-être remarquerez-vous à la lecture de TNBS les passages où j’ai utilisé telle ou telle technique. Une chose est sure : j’ai pu terminer ce projet d’écriture de plusieurs années, sans ressentir une seule fois un manque d’inspiration ou un blocage sévère.
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