Donner du sens à l’insignifiance

Ahhh… Les scènes banales, du quotidien, évoquant des moments de vie sans rebondissements ni tumulte. En somme, des scènes où il ne se passe rien de spécial.

Si vous vous êtes aperçu·e d’une telle scène dans votre récit, avant de céder à la facilité en la supprimant, pourquoi ne pas tenter de l’améliorer ? Car je pense que, tout comme les scènes où il se passe des choses, les scènes où il ne se passe rien de vraiment intéressant peuvent avoir leur place dans un récit.

Lorsque j’ai écrit mon roman TNBS, je voulais absolument un récit réaliste, au plus près du quotidien de la protagoniste. Il était hors de question de me priver de ces scènes dite banales. Cela fait-il donc de TNBS un roman ennuyeux ? Peut-être que oui. Mais ce que je peux dire, c’est que chaque scène a une raison d’exister, de la plus commune à la plus extravagante.

J’ai donc travaillé ces passages pour qu’elles aient cette raison d’exister, pour qu’elles aient un intérêt à la lecture.

Une des méthodes que j’emploie consiste à apporter un élément qui semble insignifiant à l’action qui se déroule, et à broder sur cet élément étranger pour donner de la richesse à l’ensemble.

Dans l’exemple qui suit, voyons ensemble comment donner du sens à l’insignifiance.

Exemple

Ce qui suit est une scène où un employé d’une entreprise quelconque arrive en retard.


« Salut, Toto.
— Tu es en retard, Titi.
— J’ai mon réveil qui n’a pas fonctionné. Je ne sais pas pourquoi.
— Dis plutôt que tu t’es couché tard pour jouer ou que sais-je. Je te croirais, là.
— Mais je te mens pas ! Regarde mon réveil, je suis très sérieux quand il s’agit de se lever à temps ! »
Titi lui montra son écran de téléphone. 07:16, 07:26, 07:39, 07:53, 07:57, 08:06, 08:18… Tant d’horaires qu’il serait impossible de ne pas se réveiller. Mais cela ne convainc pas Toto : « D’accord, tu as plein d’horaires de réveil, mais ça ne justifie rien.
— Je te jure que tout aurait dû sonner !
— Je vois surtout que tu as mis ton téléphone en silencieux.
— … Ah… »


Dans l’exemple montré plus tôt, il s’agit d’une scène qu’on pourrait mettre dans une tranche de vie. Un employé qui arrive en retard au travail, quoi de plus banal que ça.

Mais le point d’intérêt de cet échange, c’est la liste des horaires de réveil. Les choix sont étranges, n’est-ce pas ? Pourquoi ne pas mettre les horaires sur les chiffres des dizaines ou des quarts ?

Ce détail ouvre de nouvelles possibilités de broder dessus par la suite. Par exemple :

  • On découvrira plus tard que cela correspond aux heures de passages du bus que Titi prend le matin. Peut-être que Titi veut prendre des bus spécifiques en fonction des jours, des conducteurs et conductrices, des passagers et passagères… Amoureux, harceleur, meurtrier, enquêteur, espion, tant de possibilités ! Cela pourrait expliquer le mode silencieux…
  • Sa personnalité un peu chaotique, Titi ajoute un nouvel horaire à chaque réveil raté précédemment. C’est peut-être vrai que Titi se couche beaucoup trop tard, et comme l’attention n’est plus là à quatre heures du matin après une soirée arrosée…
  • Ou alors, c’est pour le plaisir de transgresser la règle du réveil sur une dizaine, parce que pourquoi pas. Vous imaginez que des millions (exagération probable) de personnes se lèvent exactement en même temps que vous ? Un peu d’originalité, bon sang !

Je trouve personnellement ces trois exemples de traitement intéressants pour le récit.

  • Le premier est très raisonné : il y a une explication rationnelle qui sera traitée plus tard (ou l’est déjà).
  • Le deuxième est une information sur le mode de vie du personnage.
  • Le troisième est un détail psychologique du personnage.

Conclusion

J’espère que cette méthode de donner du sens à l’insignifiance vous permettra de sauver des scènes banales de la benne !

Ce qui est amusant, c’est que vous pouvez vous entrainer à cette réflexion dans votre quotidien. Par exemple, quand vous sortez, essayez d’extraire un détail insignifiant de votre périple. Peut-être prenez-vous toujours un passage particulier, toujours à gauche de ce poteau, à passer devant la boulangerie… Quelle en est la raison ? Ayez la curiosité de sonder votre propre quotidien, vous y trouverez toujours quelque chose à analyser et à rapporter à un autre détail important, et qui intéresseraient surement celles et ceux qui liraient le récit de votre vie !


PS: Voici la capture de mon écran de réveil. Et ce n’est qu’une partie de ce qui s’y trouve. Je vous laisse imaginer pourquoi ces horaires…

Une capture d'écran avec plusieurs horaires définis : 07:16, 07:26, 07:39, 07:53, 07:57, 08:06, 08:18.

NemuLumeN
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Commentaires

2 réponses à « Donner du sens à l’insignifiance »

  1. Avatar de Elsental

    Je suis amoureux des tranches de vie… Et je pense que je les apprécie d’autant dans les récits qui ne se résument pas qu’à ça. Et au contraire, un récit qui n’en possède pas a souvent tendance à m’embêter !

    1. Avatar de NemuLumeN

      Je suis tellement d’accord ! J’aime bien ces moments anodins où on a l’occasion de voir s’exprimer des personnalités différentes quand il n’y a pas de stimuli pour créer de l’action.

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