Écrire avec des symboles, bonne ou mauvaise idée ?

Je ne sais pas si vous avez remarqué que je n’emploie pas de symboles dans mes écrits. Il s’agit d’un choix réfléchi basé sur des arguments concrets. Dans cet article, je vais justement exposer ces arguments, afin que vous puissiez peser les pour et contre de l’emploi de ces symboles dans vos projets.

Tout d’abord, qu’est-ce qu’un symbole ? Ma définition la plus simple est qu’un symbole est une représentation d’une idée dont la forme diffère du fond. Dit autrement, le fond de cette idée est en quelque sorte chiffré par sa forme, avec pour clé de (dé)chiffrement des références culturelles communes entre l’émetteur et le récepteur de ce symbole.

Ici vient donc le principal écueil de l’usage de symboles : les différences culturelles nuisent à la transmission de l’idée. Cela provoque en conséquence ces effets :

  • Quand le récepteur du symbole n’a pas les clés culturelles pour comprendre le fond, ce récepteur est juste laissé dans son ignorance, sans aucune forme d’indice pour qu’il saisisse le fond de l’idée. Cette idée n’est pas déchiffrable par un raisonnement logique qui pourrait naitre du contexte.
  • Les traductions doivent altérer la forme de ces symboles tout en conservant le fond, pour s’adapter à la culture du public visé.
    • Un exemple simple de différence culturelle d’interprétation d’un symbole : la couleur jaune représente la jalousie en France, alors que c’est une couleur porte-bonheur en Chine.

Pour combler ces lacunes, l’œuvre qui use de symboles peut se voir attribuer des compléments d’information annexes, par exemple des notes de pied de page dans un livre, ou un commentaire lors d’une visite guidée dans un musée. Ces compléments d’information annexes sont d’une grande aide pour quiconque veut passer le cap de la différence culturelle.

Une fois que cette différence est résolue, c’est là que le symbole devient un outil puissant pour altérer le message initialement porté par son conteneur, qu’il s’agisse d’ajouter une idée, ou bien d’en changer totalement la compréhension. Et le plus intéressant : il nous épargne de fastidieuses et redondantes explications d’un concept au cœur même de l’œuvre.

Il faut voir ces symboles comme des raccourcis. Des abstractions capable de compresser un concept sans en réduire le sens. Et en poursuivant sur cette logique, on comprend que plus leur contexte d’usage est contraint, plus ils sont pertinents.

Par contrainte, on peut inclure à la fois des limites physiques et intangibles, telles que l’espace, le temps, et peut-être pourquoi pas, et de façon indirecte, l’argent. Une peinture est limitée par ses dimensions, et par sa nature, capture un temps fixe. Un film est limité par les moyens de sa production, qui déterminent sa durée, et le foisonnement de son contenu. Une chanson est limitée par la volonté du compositeur à maintenir une chanson courte pour qu’elle soit mémorisable.

Exemple facile : Si on veut représenter dans une illustration une personne « A » dont on veut affirmer visuellement son homosexualité, une des façons « explicites » serait de la montrer avec une personne « B » et de les faire tenir leurs mains tendrement. Sauf que le sujet, c’est A, pas B, et que dessiner la personne B est à la fois un gaspillage d’espace et de temps de dessin. Mettons lui donc à A des accessoires aux couleurs des drapeaux gay ou lesbien, et voilà, le raccourci est en place.

En parlant de contraintes, qu’en est-il du livre ? Tout comme les autres exemples évoqués plus tôt, le livre est soumis à des limites. La volonté de l’auteur à écrire une histoire courte et impactante vs. une histoire longue et profonde. Le temps d’attention du lecteur visé. Le niveau visé de compréhension de la langue. La culture du lecteur. Les contraintes éditoriales diverses. Le temps libre dont dispose l’auteur pour écrire… Bref, des limites, on en trouve.

Sans oublier les limites légales (les censures étatiques), ou d’acceptation sociales (les mœurs), et plus généralement, celles au delà desquelles des risques de représailles sont possibles. En usant de subtilité, il est possible de contourner ces limites par des symboles.


Pour conclure cet article, revenons donc à la question initiale : « pourquoi est-ce que je n’utilise pas de symboles dans mes écrits ? ». Mes raisons principales :

  • Ce que j’écris n’est pas répréhensible en France.
  • Je n’ai pas de restrictions éditoriales (auto-édition).
  • Je préfère adopter un style qui fait plus appel à la logique qu’à la culture du lecteur.
  • Lorsqu’il y a une idée importante que je veux évoquer subtilement sans faire usage d’allégories, j’utilise d’autres techniques, notamment le non-dit. (J’en parlerai dans un autre article.)

Et vous, qu’en pensez-vous ? Si vous hésitiez encore à utiliser ou non des symboles pour votre projet, j’espère avoir semé en vous les débuts d’une réflexion qui aboutira à votre décision finale.

NemuLumeN
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Commentaires

2 réponses à « Écrire avec des symboles, bonne ou mauvaise idée ? »

  1. Avatar de Elsental

    Étant plutôt amateur des symboles dans les textes, j’ai trouvé ça très intéressant ! Je n’ai pas conscientisé cette volonté de ne pas en faire en lisant TNBS. Mais à y réfléchir maintenant, c’est vrai que j’ai perçu quelque chose de très « logique » de manière générale -> Ce qui rend d’autant plus mystérieux / intéressants certains passages qui vont vœu de moins l’être (je te salue petite vague en-dessous d’un mot ahah).

    1. Avatar de NemuLumeN

      Si ça ne se remarque pas, ça veut dire que j’ai accompli ma mission. 🙂 Je préfère quand ce genre de décision ne se voit pas !

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