Lorsqu’on s’apprête à faire imprimer son livre, la question du choix du papier se pose, pour l’intérieur et pour la couverture. Ce qui suit est une synthèse de ce qui est généralement disponible parmi les imprimeurs accessibles aux autoédités.
Voici ce qui définit un papier :
- son type de surface :
- la base : couché vs. pas couché,
- la luminance (ou la réaction à la lumière).
- son grammage,
- son épaisseur,
- sa composition,
- sa couleur.
Type de surface
La base : couché vs. pas couché
Deux catégories de surface sont souvent mises en avant chez les imprimeurs : les papiers couchés, et les autres.
Utiliser du papier couché quand :
- On veut des couleurs sombres profondes, des couleurs plus éclatantes. Les papiers couchés sont des papiers traités en surface pour avoir un meilleur rendu des couleurs. Intéressant pour des albums avec plein d’illustrations.
- On veut un toucher lisse, pas granuleux.
- On veut une épaisseur faible. En effet, ces papiers sont généralement plus fins que les autres.
Utiliser du papier non couché quand :
- Le rendu des couleurs n’est pas important. En général, les couleurs ont un aspect un peu délavé sur papier non couché. C’est ce qu’on constate quand on imprime une photo sur du papier bureautique classique.
- On veut donner un peu d’épaisseur au livre, notamment quand il a peu de pages.
- On veut un livre léger quand il a beaucoup de pages.
- On ne veut pas payer trop cher (sauf si c’est un papier très spécial).
Note : je rappelle qu’il s’agit là d’options disponibles chez les imprimeurs en autoédition accessibles en France. Il existe bien des livres avec du papier non couché et au toucher lisse, comme certains light novels d’origine japonaise* que j’ai sous la main. Hélas, je n’ai jamais pu trouver de fabricant local qui avait ce type de papier à disposition.
*: J’insiste sur l’origine japonaise de ces romans, car les versions traduites en français utilisent le papier qu’on a l’habitude d’avoir par ici, donc plus rugueux, et selon moi, moins agréables au toucher.
La luminance (ou la réaction à la lumière)
Je ne sais pas si le mot luminance est utilisé à bon escient ici, mais il me semble retranscrire de manière concise le sujet de la perception de / réaction à la lumière du papier.
On va parler de trois choses différentes :
- aspect du papier intérieur,
- pelliculage de la couverture,
- traitements spéciaux de la couverture.
Aspect du papier intérieur
Pour un papier intérieur, la surface peut avoir un aspect brillant, mat, ou satiné.
- Le papier mat est un papier qui ne reflète pas ou très peu la lumière.
- Le papier brillant reflète la lumière. On parle également de glacé / glaçage. Par exemple, on voit les contours d’un objet positionné à côté du papier. Mais cela ne donne pas un reflet aussi franc qu’un miroir, non plus.
- Le satiné, je ne saurais pas dire ce que c’est, mais j’imagine que ça reflète de manière diffuse la lumière. Si vous avez un exemple, vous pouvez venir m’expliquer en commentaire.
Cependant, observation personnelle sur du papier couché, l’encre qui sera déposée sur le papier changera la luminance du papier. Plus il y a d’encre, moins le reflet sera marqué pour un papier brillant, et plus le reflet sera marqué pour un papier mat, au point qu’il est peu évident, pour un œil non averti, de voir la différence entre mat et brillant en cas de zone encrée. La brillance d’un papier s’évalue surtout quand il est vierge de toute encre.
Aussi, en se renseignant chez les fournisseurs pro de papier, il est techniquement possible d’avoir du papier mat et satiné en couché et non couché. Cependant, je n’ai jamais trouvé de papier brillant en non couché, donc si vous voyez cette combinaison un jour, soyez vigilant·e.
Je pense qu’il y a parfois des abus de langage quand il s’agit d’aspect de papier.
Pelliculage de la couverture
La couverture est généralement faite d’un papier épais. Elle peut être mate ou brillante. C’est quasiment toujours du papier couché, car c’est ce qui rend le mieux les couleurs (essentiel pour attirer le regard), et il n’y a pas des centaines de pages à imprimer, donc ça n’impacte pas énormément le cout de fabrication du livre (normalement !). Vous trouverez parfois des papiers un peu originaux tels que des papiers texturés.
Parfois, ce papier enveloppe une plaque de carton encore plus épaisse ; c’est ce qui donne le livre avec couverture rigide.
Concernant la réaction à la lumière, on parle de pelliculage ou de finition pour la couverture. On y appose une fine couche supplémentaire de plastique qui va procurer au passage une protection à la couverture.
Il y a généralement trois pelliculages disponibles :
- Mat, qui ne reflète pas la lumière,
- Brillant, qui reflète beaucoup la lumière, et qui offre la meilleure protection aux salissures,
- Soft touch, qui donne un résultat mat, et au toucher doux (certains disent même « velours »). Comparé au pelliculage mat, le mat accroche / colle un peu quand on passe le doigt dessus sans trop appuyer, tandis que le soft touch accroche difficilement le doigt (ça ne colle pas).
Traitements spéciaux de la couverture
En plus du pelliculage, les couvertures peuvent avoir les options supplémentaires qui suivent :
- Vernis sélectif : couche de vernis apposée sur des éléments spécifiques de la couverture pour les faire briller. Le vernis ne fonctionne que sur du papier mat, car sinon, il ne se voit pas.
- Vernis sélectif 3D : même chose que le vernis sélectif normal, sauf qu’il a une épaisseur qui se voit et qui se ressent au toucher.
- Dorures : couleur or ou argent.
En général, cela demande un travail graphique supplémentaire. Il faut fournir un document pour marquer les zones à prendre en compte.
Autres considérations
À savoir que le choix du type de réaction à la lumière n’influe qu’assez peu sur la profondeur des couleurs, donc c’est la base de papier (couché vs. pas couché) qui est importante pour avoir de belles couleurs.
Et puis, les imprimeurs pour l’autoédition proposent rarement beaucoup d’options, donc il convient de contacter plusieurs d’entre eux afin d’obtenir des propositions différentes.
Grammage
On trouve souvent le mot « grammage » pour exprimer le poids d’une feuille.
Le grammage d’une feuille s’exprime en grammes par mètre carré, parfois écourté en « g/m2 », ou en « gsm » (Grams per Square Meter). En Amérique du Nord, ils utilisent une autre unité, en utilisant le caractère dièse suivi du nombre de pounds par rame de papier (500 feuilles).
Les imprimeurs français proposent en général du papier non couché en 80-90 g/m2, 115-135 g/m2 si c’est du papier couché.
Note à propos des papiers couchés : Le papier couché est par nature plus translucide et moins rigide que le papier non couché à poids égal. C’est une des raisons qui expliquent pourquoi les imprimeurs proposent systématiquement un grammage plus haut, afin de s’assurer de ne pas trop voir ce qui est imprimé sur le revers de la page, et d’augmenter la résistance du papier.
Les papiers moins lourds sont généralement moins chers. Et qui dit moins lourd peut dire également cout d’expédition moindre de votre futur livre si vous vous en chargez vous-même, donc c’est un facteur à ne pas négliger.
Il faut aussi prendre en compte le poids total du livre en conditions d’utilisation. Imaginez 300, 400, 600, 800 grammes dans vos mains. En continu pendant de longues minutes ou heures. Ça peut être fatigant, donc pensez-y.
Épaisseur
Un même type de papier, à même grammage, peut avoir plusieurs épaisseurs disponibles.
Cette épaisseur est régulièrement appelée le « bouffant », parfois même une « main ».
La main est à la base une unité de quantité, et correspond à 25 feuilles. L’épaisseur s’évaluait autrefois avec cette quantité. En effet, difficile de mesurer l’épaisseur d’une seule feuille. Par abus de langage, on associe la main à ce qu’on appelle de nos jours le bouffant.
Le bouffant est exprimé par le rapport entre l’épaisseur en micromètres d’un certain nombre de feuilles et le grammage d’une feuille.
Par exemple, pour un papier de 80 g/m2 et une épaisseur de 10 mm pour 100 feuilles, le bouffant est de 10000 µm ÷ 100 feuilles ÷ 80 = 1,25.
Pour un même type de papier, un bouffant élevé permet donc d’épaissir des livres ayant peu de pages. Un bouffant faible permet d’affiner un livre ayant beaucoup de pages.
Quand on dit qu’un papier est bouffant, cela veut dire que sa valeur de bouffant dépasse un certain seuil généralement admis. Je ne trouve cette valeur de seuil nulle part ; il s’agirait d’une appréciation subjective. Je conseille donc de se fier uniquement à la valeur numérique donnée par l’imprimeur.
Aussi, il est possible de calculer l’épaisseur approximative (sans la couverture) de votre futur livre si vous disposez du grammage, du bouffant, et de votre nombre de pages !
Bouffant : 1,25 ; grammage : 80 g/m2 ; 200 pages, donc 100 feuilles recto/verso. Cela donne le calcul suivant : 1,25 80 100 = 10000 µm = 10 mm.
On retombe bien sur la même épaisseur que dans l’exemple précédent.
Enfin, en comparant des papiers de bouffants similaires, un papier plus léger sera mathématiquement plus fin.
Attention ! Quand vous choisissez vos papiers, même si le grammage change, l’imprimeur peut décider de changer également le bouffant, ce qui peut résulter en des livres parfaitement identiques en épaisseur pour un poids différent !
Par exemple, c’est ce que fait Lulu.com, car l’épaisseur du dos ne change pas avec le grammage du papier quand on utilise l’outil de génération de couverture. (Ou alors, c’est un bug…)
Parmi d’autres considérations, un bouffant plus élevé augmente l’opacité de la feuille.
Enfin, n’oubliez pas de prendre en compte l’épaisseur de la couverture pour avoir l’épaisseur totale du livre.
Composition
En général, il n’y a pas cette option chez les imprimeurs, mais au cas où vous la verrez, voici une explication.
Tous les papiers ne sont pas composés identiquement. Une des grandes différences se trouve dans l’inclusion de bois ou non.
Une feuille est tout d’abord constituée à partir de pâte de cellulose. Lorsqu’elle contient du bois, cela veut dire qu’elle contient de la pâte de bois au delà d’un certain seuil.
La pâte de bois contient de la lignine, qui est une biomolécule contenue naturellement dans le bois, et qui confère de la solidité à ce dernier. Cependant, avec le temps, cette biomolécule change la feuille de couleur et vire au jaune.
Pour conserver la couleur d’un roman aux feuilles blanches, il convient donc d’opter pour des feuilles sans bois, ou en tous cas, avec le moins possible.
Couleur
Je pense que c’est évident. Trois couleurs sont généralement disponibles : blanc, crème, ivoire.
C’est assez difficile à décrire sans image, et je n’ai pas de roman sous la main pour effectuer une comparaison, mais celles et ceux qui ont déjà vu ces couleurs peuvent imaginer ce que ça donne.
Avis très personnel : je pense que la couleur de papier doit être choisie en fonction du contenu du livre. J’ai du mal à imaginer un roman de fantasy ou fantastique sur du papier blanc, tout comme je n’imagine des romans de science-fiction que sur du papier blanc.
J’ai conscience de la subjectivité de ce point de vue. Mais cela fait partie de ces détails qui, selon moi, participent à l’ambiance en lecture, tout comme le choix de la police de caractères employée dans le corps de texte.
Le choix que j’ai fait pour mon roman
Pour TNBS, j’ai fait ceci :
- Papier non couché.
- Car pas d’illustrations dans TNBS.
- Car papier couché trop cher.
- Car trop de pages, donc trop lourd si papier couché.
- Choix d’un grammage inférieur à 80 g/m2 et d’un bouffant pas trop grand pour limiter l’épaisseur.
- Pour limiter le poids du livre. Pour 400 pages, cela donnerait plus de 500 grammes rien que pour les feuilles intérieures en 80 g/m2 en coupe A5, selon les estimations de plusieurs imprimeurs.
- Pour faire tenir le tout dans 3 cm, afin de permettre de glisser le livre dans la fente des boites aux lettres.
- Couleur blanche. Cela correspond mieux à l’ambiance un peu futuriste que je recherche en lisant TNBS. Et plus tard, cela me permettra d’avoir des livres aux couleurs harmonisées lorsque j’attaquerai la version illustrée (que je n’envisage que sur papier blanc).
Le mot de la fin
Quand on parle de papier, cela semble simple au premier abord. Mais dès qu’on creuse le sujet, on y trouve de nombreuses et importantes subtilités.
En choisissant le papier judicieusement, on peut s’épargner des difficultés telles que l’expédition couteuse d’un livre trop lourd ou trop épais, tout comme on peut réussir à rendre un livre plus classe d’un simple ajout de vernis ou dorure sur la couverture.
J’espère que cet article vous aura été utile. N’hésitez pas à commenter si vous avez de belles trouvailles dans le domaine du papier, ou si vous avez des questions.
Laisser un commentaire