Il est bon de temps en temps de faire une petite introspection, pour comprendre les causes de notre motivation à écrire et créer. Je vais cette fois décortiquer ce que j’aime voir dans mes personnages, et tenter d’expliquer rationnellement pourquoi il en est ainsi.
J’aime quand les personnages ne progressent pas comme ils voudraient. Mais pas à cause d’évènements évidents qui surviennent dans leurs péripéties. Je parle plutôt d’occasions manquées, de détournements, d’obligations, et toutes sortes de choses qui les contraignent à revoir leurs ambitions à la baisse, à changer de cap, ou à se dépasser.
J’aime quand la chance n’est pas de leur côté. Quand rien n’arrive naturellement par la force des choses ou par magie. Quand rien ne se passe tant qu’ils ne font rien. Quand ils doivent fournir un effort supplémentaire pour obtenir ce que le reste du monde aurait pu avoir sans effort.
J’aime quand le mérite n’est pas systématiquement récompensé. De voir voir ces personnages agir de manière positive, et qui ne reçoivent au mieux que des fragments de bonheur en retour, au pire de l’inconsidération ou de l’indifférence.
J’aime ces personnages lambda, pas ceux qu’on considère comme dans la norme, mais plutôt ceux qui n’ont pas de particularité, ceux qu’on oublie facilement, en contraste avec ces héros incroyables, pimpants et attirants.
Si j’ai cette dureté envers mes personnages, c’est parce que je veux les voir se porter secours, se tendre la main, s’écouter, et surmonter ensemble les défis de la vie.
Dans mes travaux, la chance occupe peu d’espace : c’est l’impulsion d’un personnage qui vient sublimer le récit, en lui donnant plus d’impact et de sens que le simple hasard. Je veux que mes personnages se sentent liés non pas parce que les circonstances les ont forcés, mais parce qu’ils ont l’envie sincère de l’être, en dépit des évènements et de leurs personnalités.
Typiquement, je refuserais catégoriquement d’écrire des romances avec des privilégiés (dans le sens qu’il ou elle n’a aucun mal à séduire l’autre), où les personnages sont parfaits l’un pour l’autre, où chaque développement peut débuter ou se ponctuer par un « Comme par hasard… » ou un « Comme c’est pratique… ».
Pour métaphorer avec la sémantique du jeu, pour moi, la vie, c’est comme un puzzle géant avec autant de dimensions que de personnes. Ce puzzle contient des pièces qui représentent l’expérience, les gouts, le physique, la personnalité. À chaque rencontre, un jet de dés détermine cette compatibilité entre les pièces des puzzles. Et plus on cherche la perle rare, plus on doit réussir ces lancers de dés. La probabilité que deux personnes aient leurs pièces totalement compatibles est donc faible, et je ne peux me résoudre à émuler dans mes écrits une histoire où cette probabilité est renversée. Je veux voir des compromis.
Je refuserais également d’écrire des histoires de voyage dans le temps. Ce n’est pas que je ne les trouve pas divertissants. C’est juste que le monde ne fonctionne pas sur des faits hypothétiques, mais sur des faits concrets, dont l’issue est fatalement irrévocable, qu’elle induit satisfaction ou remords. Je veux voir comment mes personnages réagissent aux conséquences de leurs actes, sans subterfuge.
Je peux comprendre l’intérêt pour les histoires réconfortantes et improbables où tout se passe bien, qui font rêver et évader le lecteur. Mais ce n’est pas ce que je veux écrire. Je veux partager le réalisme que j’ai expérimenté dans ma vie. Je veux partager une vision d’un monde où rien n’est dû sans contrepartie. Un monde avare en rencontres qui auraient changé mon destin. Un monde d’ennui, dont je rêve cette fois qu’on me tende une main pour m’en extirper.
Et vous, que sont vos personnages à vos yeux ? Comment les traitez-vous ?
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