Choisir le bon type de police de caractères

Chaque ligne de mes travaux a fait l’objet d’une réflexion sur la police appropriée. Cet article liste une bonne partie de règles que j’applique sur mes versions publiées. J’ai d’autres cas très spécifiques, mais cette liste ci-dessous vous donnera une idée de la diversité des contextes pris en charge.

ContexteType, italique ou pas, taille
NarrationSérif, normale, normale
DialogueSérif, normale, normale
Dialogue distant (ex. : téléphone)Sérif, oblique, normale
Affichages d’écranSans-sérif, normale, normale
Messages audio de serviceSans-sérif, normale, normale
Emphase (à l’intérieur d’un autre contexte)Hérite du contexte parent, italique, normale
Cri exceptionnel, surprenantSans-sérif, normale, grande
ÉcritScript, normale, normale
Exemple mêlant narration, dialogue local, dialogue distant, affichages d’écran.

Le cas de l’italique / oblique

La version oblique doit avoir la même longueur que la variante normale. L’oblique ne doit pas être confondue avec l’italique. Par exemple, la Garamond a une variante italique bien moins large que la normale. Et en fait, toutes les polices que j’ai testées présentent ce même « défaut ». C’est tout à fait normal, mais ce n’est pas ce que je recherche pour la catégorie « Dialogue distant ».

Pourquoi je recherche cette largeur identique entre les deux variantes ? Dans TNBS, les dialogues ont la même importance, que l’interlocuteur soit à distance ou à côté. Lorsque la largeur est différente, je sens comme une hiérarchie entre les parties prenantes du dialogue, une différence de traitement, et c’est quelque chose qui ne me sied pas.

Autre avantage à avoir une largeur unique : lorsque mes personnages disent exactement la même chose (en même temps, ou comme un perroquet), cela me permet d’avoir les mêmes césures dans les phrases, ce que je trouve plus esthétique.

Les deux premières lignes ont la même largeur entre police de variante normale et la police en largeur oblique. Les deux lignes suivantes (Garamond) présentent deux largeurs différentes, la variante italique étant bien plus petite.

J’ai identifié deux façons de charger une police oblique.

La première consiste à utiliser une police qui dispose d’une variante spécifiquement oblique, en plus de l’italique. Si l’une ou l’autre des variantes est manquante, il est très probable que le système d’affichage (le navigateur, ou LaTeX par exemple) se rabatte sur l’autre variante disponible.

La deuxième est d’utiliser une police qui ne dispose pas de variante italique ni oblique, de sorte que le système d’affichage crée une fausse version oblique à partir de la variante normale (regular).

Voici l’explication de Mozilla, concernant l’affichage en navigateur :

La forme italique est généralement une forme cursive qui utilise moins d’espace horizontal que les autres formes classiques. La forme oblique quant à elle est simplement une version penchée de la forme normale. Les formes italique et oblique peuvent être synthétisées par le navigateur si elles sont absentes (le moteur penche alors les glyphes de la forme normale) — pour plus d’informations sur l’activation de cette synthèse, voir la propriété font-synthesis.

https://developer.mozilla.org/fr/docs/Web/CSS/font-style

Ainsi, dans un contexte de page HTML, une police n’ayant pas de variante italique disponible via des directives CSS (on créera un faux font-family pour éviter au navigateur de trouver une éventuelle version installée sur l’O.S.), se verra attribuer par le navigateur une police oblique simulée à partir de la variante normale.

L’inconvénient de cette méthode est que oblique et italique partageront la même apparence, mais cela a pour avantage de diminuer les besoins en bande passante car nous économisons l’envoi de deux fichiers de font.

Cela peut paraitre une hérésie pour les typographes les plus pointilleux et connaisseurs. Mais je pense que quasiment personne ne se doutera que la variante italique est créée dynamiquement en lisant le texte. Si vous aviez lu TNBS, je parie que vous ne l’aviez pas deviné.

Pour finir

Je viens de vous présenter ma façon de gérer les polices pour mes livres. Je ne laisse rien au hasard ; tous mes choix sont justifiés. Ils restent cependant personnels et répondent à mes sensations, mes goûts, ma vision.

Quant à vous, qu’en est-il ? Oserez-vous sortir des règles typographiques imposés par les éditeurs traditionnels ? Ou peut-être est-ce déjà le cas ?

J’espère en tous cas vous donner matière à réfléchir sur ce sujet.

NemuLumeN
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